Le rôle ambigu du Dark Web

Droits – Deep Web et Dark Web : zones d’ombre du numérique ou espaces de liberté?

Écrit par Daniella Ledoux & Clara Eyok

Le Dark Web est un espace complexe, entre refuge pour la liberté d’expression et zone d’ombre où émergent des activités illicites. Si son rôle dans la protection des opprimés et des lanceurs d’alerte est indéniable, il ne peut être dissocié des dérives qu’il abrite.

Pendant longtemps, le Dark Web a alimenté mystères et rumeurs, s’imposant comme une zone obscure de l’Internet où se mêlent fantasmes et réalités. Soit perçu comme un repaire pour activités illicites, soit présenté comme un sanctuaire pour les défenseurs de la liberté d’expression, il suscite des opinions contradictoires qui divisent la société.

Les différents visages du Web
Source : BA Info


Les fondements et le fonctionnement du Dark Web

Le Dark Web souvent confondu avec le Deep Web, se perçoit par sa nature cachée et son accès limité à des réseaux spécifiques comme Tor ou I2P.


Alors que le Deep Web regroupe des contenus non indexés par les moteurs de recherche classiques (e-mails, bases de données), le Dark Web est conçu pour préserver l’anonymat des utilisateurs et des sites. Cette architecture repose sur des outils cryptographiques qui rendent les interactions anonymes et difficiles à tracer.

Si cette invisibilité technologique est un atout pour protéger la vie privée, elle alimente aussi les fantasmes. Dans l’imaginaire collectif, le Dark Web est souvent présenté comme un repaire de cybercriminels. En réalité, il constitue également un espace refuge pour des usages plus légitimes.

Comparaison entre le réseau Tor et I2P
Source : AKYL


Un espace pour la liberté d’expression

Dans un monde où la surveillance numérique est omniprésente, le Dark Web peut apparaître comme un bouclier pour les défenseurs des droits humains.

Les journalistes, les lanceurs d’alerte et les dissidents politiques y trouvent un moyen de communiquer et de partager des informations sensibles sans crainte de représailles. Dans des pays où la censure est stricte, ces plateformes anonymes sont un outil essentiel pour contourner les restrictions et alerter la communauté internationale sur des injustices.

Des initiatives comme Nothing2Hide (ONG) renforcent ces efforts en proposant des services d’urgence pour faire face à la surveillance numérique. Elles offrent notamment une hotline , des formations en sécurité , des analyses de périphériques pour détecter des infections, ainsi que des outils comme des VPN ou des coffres-forts numériques.

Des dispositifs novateurs tels que PiGuard , permettent également de protéger les connexions. Ces outils sont particulièrement précieux pour les journalistes, qui peuvent masquer leurs connexions et diffuser des informations sensibles concernant, par exemple, des peuples opprimés comme les Ouïghours ou les manifestants birmans.

Sur le Dark Web, des plateformes comme SecureDrop permettent aux lanceurs d’alerte de transmettre des documents sensibles en toute sécurité. Cependant, cet anonymat bienfaiteur reste limité par des barrières techniques, rendant l’accès au Dark Web réservé à une minorité initiée.

Les limites et dangers du Dark Web

Si le Dark Web est un outil précieux pour protéger certaines libertés, il porte aussi des ambiguïtés. Sa capacité à garantir l’anonymat est détournée à des fins criminelles, telles que le trafic de drogue, le commerce illégal ou la diffusion de contenus haineux.

On a exemple avec l’affaire « Silk Road » c’était un marché noir en ligne créé par Ross Ulbricht opérant sur le dark web de 2011 à 2013, principalement utilisé pour le trafic de drogue. La plateforme vendait des drogues illégales telles que l’héroïne, la cocaïne, le LSD et l’ecstasy, ainsi que des faux documents et des services de piratage. Il facilitait les transactions anonymes via Bitcoin et a généré environ 1,2 milliard de dollars de ventes totales. Ce marché a été démantelé par le FBI en 2013, entraînant l’arrestation de Ross Ulbricht et sa condamnation à perpétuité. Cet usage illicite ternit l’image d’un espace pourtant crucial pour les populations vulnérables.

De plus, l’anonymat complet sur le Dark Web alimente un paradoxe : « ce qui protège les opprimés peut également protéger ceux qui menacent la sécurité publique. »

Selon vous, faut-il envisager de supprimer le Dark Web ? Est-il réellement possible de le faire ?

The Silk Road
Source : Teach n’ Thrive

Sources :

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