Toscane O’Sullivan & Stanislas Oldra
Celui qui contrôle les médias contrôlent les esprits, nous disait Jim Morrison. Dans notre monde de plus en plus polarisé, cette simple affirmation a le mérite de nous rassembler tout en révélant une réalité troublante. En effet, nous avons célébré depuis les années 90 l’essor de la liberté médiatique, croyant que celle-ci permettrait une société éclairée. Mais alors, comment expliquer que des décennies plus tard, cette phrase dénonciatrice résonne encore plus fort ? Peut-être que le problème réside dans la définition même des médias. Entre ceux qui les apparentent aux réseaux sociaux, ceux qui les associent au JT de 20 heures, ou encore ceux qui pensent aux émissions radio, la sémantique fragmente. Entendons-nous donc avec une définition simple : les médias sont différents moyens qui permettent la diffusion d’informations de façon massive.
« Celui qui contrôle les médias, contrôle les esprits. »
Les réseaux sociaux, source de tous nos maux ?
Aujourd’hui, avec l’essor des réseaux sociaux, cette diffusion a pris une nouvelle dimension. Les informations ne proviennent plus seulement des journaux, des radios ou des chaînes de télévision, mais aussi de plateformes comme Instagram, TikTok ou Twitter, où tout le monde peut devenir une source d’information. Ce matin, je tombe justement sur Instagram sur une publication dénonçant la nouvelle vague de “fausse nourriture” vendue aux Etats-Unis dans les supermarchés. Des milliers de likes. Selon @jejelegrand06 dans les commentaires, les preuves sont irréfutables : deux vidéos d’influenceurs sur TikTok qui montrent une banane un peu trop rigide et un concombre plus mousseux que d’habitude. Puis, sur l’application Le Monde, un gros titre “Une situation qui se dégrade en Syrie”, avec quelques centaines de réactions à peine. L’objectif n’est pas de décrire mes trente minutes de procrastination au moment du déjeuner mais bien de questionner ce décalage : Pourquoi des présumés légumes plastifiés attirent bien plus l’attention qu’un drame géopolitique ? De fait, qui détient vraiment le pouvoir sur notre vision du monde aujourd’hui ? Les médias traditionnels, ou ces nouveaux espaces numériques où l’information se mêle à l’émotion et au sensationnalisme ? C’est ce que nous allons tenter de comprendre.
« Tout le monde peut devenir une source d’information. »
Cette course à l’attention, qui privilégie souvent le sensationnalisme au détriment des sujets de fond, est le reflet d’une transformation plus large des médias à l’ère du numérique. Un changement qui a fait évoluer non seulement la manière dont nous consommons l’information, mais aussi le rôle même des médias dans notre société.
Un pas en arrière pour mieux comprendre.
Un résumé rapide des cinquante dernières années s’impose lorsque l’on parle des médias : Les journaux ont laissé place à la radio, la radio a laissé place à la télévision, la télévision a enfin laissé place à internet. Un véritable jeu de chaises musicales, et comme nous le savons, il ne peut en rester qu’un. En effet, l’essor d’internet dans les années 90 a bouleversé le monde, et sans grande surprise, l’accessibilité mais également la transmission d’informations à l’échelle mondiale. Quelle avancée ! Dans une ère où l’individualisme, la liberté de penser et l’égalité des chances se distingue tout particulièrement, la masse a désormais le pouvoir sur l’outil le plus redoutable, celui tenu autrefois par les élites : la transmission de l’information. Le pouvoir donné à tous et non plus à un. Tous l’ont donc, mais personne ne le détient réellement. C’est simple, idéal et juste. Dans une liste établie par 25 éminents scientifiques écrivains et chercheurs, l’invention du World Wide Web a été classé numéro un : Il y est décrit comme « La croissance la plus rapide de tous les temps d’un moyen de communication ; l’internet a changé pour toujours la forme de la vie moderne. Ainsi, nous pouvons nous connecter les uns aux autres instantanément, partout dans le monde » . Merci Tims Berners Lee. Du reste, internet est à présent le premier outil de transmission des médias.

Tout n’est pas noir : L’engagement citoyen est à la mode.
Pourtant, malgré ce climat de manipulation médiatique, le pouvoir des médias – notamment les réseaux sociaux – c’est aussi un vecteur d’engagement citoyen sans précédent. Des hashtags comme #MeToo ou #BlackLivesMatter ont transcendé les frontières et rassemblé des millions de voix à travers le monde, poussant les gouvernements à agir et sensibilisant à des questions souvent négligées par les médias traditionnels. Si la polarité de l’opinion publique est sans précédent, nous pouvons toutefois applaudir l’engagement massif des individus qui, grâce aux réseaux sociaux notamment, sont encouragés à exploiter ce nouveau pouvoir, à élever leur voix face aux grands sujets de société qui semblaient jusqu’alors inaccessible. Chacun d’entre nous peut maintenant exprimer une opinion en espérant toucher un nombre d’auditeurs qui dépasse l’entendement. C’est également pour cela que face à ce pouvoir tentaculaire des médias, la solution ne réside pas seulement dans la régulation par les gouvernements, mais aussi dans une meilleure éducation aux médias. Apprendre à distinguer le vrai du faux, encourager le fact-checking, et s’entourer de sources d’information variées sont autant de gestes qui permettent de reprendre le contrôle. Il est impératif de developper notre esprit critique et de ne surtout pas tomber dans le piège de la consommation médiatique. Rien n’est à diaboliser, mais tout est à vérifier.
La responsabilité de tous : un travail collectif .
Si la question d’un contrôle médiatique de plus en plus centralisé se pose, et si le flux d’informations et de désinformation s’accélère, il ne faut pas sous-estimer notre responsabilité individuelle. L’importance de notre capacité de discernement redistribue le pouvoir de manière plus équitable. Car oui, le véritable pouvoir des médias appartient à ceux qui refusent de se laisser distraire ou manipuler, à ceux qui choisissent d’être actifs plutôt que passifs. C’est celui qui nous permet de choisir à qui nous accordons notre attention, de remettre en question ce qui nous est présenté, et d’utiliser les outils modernes pour engager un dialogue éclairé et responsable. Au final, les médias ne nous contrôlent que si nous leur en donnons la possibilité. C’est à chacun d’entre nous de faire en sorte que la balance penche du côté de la vérité. En réalité, le pouvoir des médias aujourd’hui ça peut être le nôtre, à condition de le décider.


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